Le meilleur buteur olympien compte une riche carrière débutée en 1993 à Laval. Lors de l'émission "L'invité d'OMtv", il est revenu sur ce parcours peu commun.
L'enfance
"Le football est un sport qui se pratique dès le plus jeune âge. Je le vois bien avec mes enfants qui tapent déjà dans un ballon. J'étais bercé par le football puisque mon père jouait au foot dans un petit club. J'allais toujours le voir jouer et entre copains, on tapait aussi dans la balle dans la rue. Je suis ensuite rentré dans un petit club où mon père était entraîneur. Il a d'ailleurs été mon premier coach.
Mes parents ont dû déménager, on est allé d'Angers, d'où je suis originaire, au Mans. Là-bas, je suis entré dans un petit club puis au club du Mans. Les entraînements y étaient beaucoup plus intensifs et nombreux. J'ai atteint un bon niveau et je me suis dit qu'il fallait que je fasse carrière.
Mes parents m'emmenaient à l'entraînement et m'accompagnaient au match. Ils étaient très proches de ma s½ur, qui faisait du basket, et de moi. Le centre de formation, c'est une nouvelle vie qui commence puisque c'est la première fois que l'on quitte les parents. Je suis parti de la maison à 14 ans, cela a été une coupure mais je n'étais qu'à une heure de chez moi. Je pouvais donc rentrer le week-end.
J'ai fait une formation classique en stagiaire, apprenti puis le premier contrat professionnel à Laval. Ce sont de superbes souvenirs, j'ai progressé sportivement et humainement. C'est une bonne école de la vie."
De Laval à Ajaccio
"Je ne me souviens pas en détail de mon premier match pro, cela remonte à trop loin maintenant (rires). C'était contre Beauvais à domicile il me semble. C'est l'aboutissement de toute notre formation mais, en même temps, ce n'est qu'un début car il faut continuer de travailler. Il faut le dire aux plus jeunes : ce n'est pas parce que l'on joue son premier match chez les pros que tout est arrivé. Même à mon âge, tout passe par le travail, c'est une éternelle remise en question.
J'ai appris lentement le métier et je n'ai jamais été très porté vers le but. J'aime le jeu, les choses simples et je n'avais sans doute pas cet instinct de tueur devant le but. J'ai appris à l'être un peu plus au cours de ma carrière mais je ne me définirais jamais comme un buteur.
L'arrivée à Ajaccio a été un moment délicat car j'arrivais sur île que je ne connaissais pas du tout. Je me suis posé pas mal de questions car le «Gaz» (GFCO Ajaccio) redescendait d'une division. Mais, avec le recul, c'est l'année qui m'a fait le plus grand bien, sportivement et humainement. J'ai beaucoup appris et j'étais au contact de gens qui m'ont apporté beaucoup. Je me suis vraiment éclaté là-bas. Je suis tombé amoureux de l'île.
Sportivement, on finit troisième mais malheureusement on ne peut pas monter en deuxième division et cela a été difficile à vivre car, pour moi, les points de règlement n'étaient pas valables pour nous empêcher de monter. Je pense avoir laissé une bonne image là-bas car je me suis toujours battu pour le club et le maillot.
A Ajaccio, on me surnommait «le bison». Mon style consiste à user les défenses. Je me bats. A côté de moi en attaque, j'avais un joueur avec lequel j'étais complémentaire et on s'éclatait bien."
De Nîmes à Strasbourg
"J'aurais voulu connaître la L2 avec Ajaccio. Nîmes m'a contacté et c'est un club au passé glorieux. On a fait une belle saison, j'ai confirmé également à l'étage supérieur. J'ai fait une bonne première saison, la seconde était moins bonne. Jean Fernandez a vu un match et il m'a contacté pour que je vienne à Sochaux. C'était une aventure en première division. Je ne le remercierai jamais assez de m'avoir offert cette opportunité. J'ai pu prouver que j'avais le niveau de la L1.
Le coach avait pris le risque de faire venir un joueur qui n'avait jamais connu le niveau de L1. Il a senti que j'avais des qualités. Avant lui, personne n'avait osé se dire que j'avais le niveau et que je pouvais encore progresser, car à Sochaux, j'ai progressé. J'ai mis plus de temps que les autres et c'est pour cela que je n'ai connu la L1 qu'à 28 ans.
J'ai vécu des belles années à Sochaux mais malheureusement, cela s'est mal terminé même si j'avais de bons rapports avec tout le monde (joueurs, dirigeants, supporters...). Cela fait partie d'une carrière. J'ai fait trois ans et demi à Sochaux et j'en garde de beaux souvenirs même s'il y a eu des périodes délicates. Ensuite, Strasbourg se manifeste et cela représentait pour moi le grand club de l'est. Je marque 15 buts la première année, c'était nouveau pour moi de marquer autant. J'ai eu plus de difficultés sur la deuxième moitié de championnat parce que mon jeu était plus connu. Dans l'ensemble, je fais une bonne saison et le club aussi qui retrouve le niveau qui devrait être le sien. La deuxième saison se passe moins bien car on ne gagne pas un match avant la douzième ou treizième journée.
J'avais déjà gagné la Coupe de la Ligue avec Sochaux et avec Strasbourg, je retourne au Stade de Franc pour la gagner. Cela pimente la saison. Avec Mamadou Niang, on s'entendait déjà très bien à Strasbourg, il fait des passes décisives, marque des buts, moi aussi. Bref, on se trouve les yeux fermés.
L'OM
"Pour moi, quand le club me contacte, j'ai du mal à y croire, c'est LE club en France. Je me souviens des matchs à l'époque de Jean-Pierre Papin avec la grosse équipe et un stade à la ferveur unique. C'était un honneur d'avoir la possibilité de jouer à l'OM.
Je me suis acclimaté facilement malgré la différence qu'il peut y avoir avec mes anciens clubs dans l'est de la France. J'ai été très bien accueilli. L'OM, c'est l'histoire, les supporters, le maillot... Rentrer dans un stade plein à domicile c'est un plus. On gardera longtemps en mémoire ces moments. Les gens vivent pour le club, je m'en rends compte tous les jours, quand je vais chercher mes enfants à l'école, chez le boulanger... On est interpellé tout le temps. Quand cela se passe bien, cela fait plaisir. On apporte du bonheur aux gens et cela se ressent dans les rapports que l'on a avec eux.
Mon plus mauvais souvenir sous le maillot olympien, c'est la finale de Coupe de France, l'an passé. On a la chance d'être au Stade de France face au rival, le PSG. Malheureusement, on perd et moi, en plus, je me blesse au début du match. C'est mon souvenir le plus pénible ici. Le meilleur, j'espère le vivre cette saison ou en 2007-08."
Le métier d'attaquant
"Aujourd'hui, l'attaquant est le premier défenseur. Pour moi, le football ce n'est pas dribbler trois joueurs et marquer, c'est une osmose entre les joueurs d'une équipe. Je me régale à donner des ballons qui surprennent les adversaires, qui ne pensaient même pas que l'on pouvait développer notre jeu à cet endroit.
Cela me fait plaisir lorsque l'on me compare à Eric Cantona car je l'ai énormément apprécié en tant que joueur et en tant qu'homme. Mais je pense ne jamais arriver à faire la même carrière que lui."
L'après football
"C'est difficile de se projeter, ce sont la tête et le corps qui décideront du moment. Moi, je me sens prêt à continuer. Je ne me fixe pas de date précise. Il me reste deux années à honorer à l'OM, ensuite si le club est content de moi, peut-être que l'on me proposera quelque chose.
Le discours des joueurs qui se sont arrêtés ressemblent souvent à ça : «joue le plus longtemps possible car après ça te manquera». J'ai envie de jouer encore, j'ai toujours la flamme, même si je l'avais perdu pendant un moment à Sochaux. J'ai envie de jouer, surtout à l'OM. C'est un bonheur de venir à l'entraînement. Je penserai à l'après football au moment venu et en fonction des opportunités."